Le Bordographe

Blog culturel sur Bordeaux et visites insolites

Humeurs chroniques #2

Un canapé sur la tête de la statue de Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux. Cela ressemble à un cadavre exquis, voire au titre d’un article du Gorafi. S’agit-il d’une performance artistique nocturne destinée à interroger notre rapport à la figure tutélaire de cet homme célèbre, énième expression dans l’espace public du fonctionnement phallocratique de notre société ? Ce geste, dont le ou les auteurs demeurent inconnus, tire sa force des interprétations polysémiques qui en découlent.

Loin du verbiage qui farcit nombre de communiqués de presse relatifs à des expositions d’art contemporain, le Frac Aquitaine a mis en ligne trois vidéos afin de réfléchir aux préjugés suscités par l’art de la seconde moitié du XXe siècle. Le résultat est diablement convaincant, car il mêle habilement des pièces appartenant aux collections du Frac et des œuvres d’art ancien — exposées notamment au musée des beaux-arts de Bordeaux. Où je vous invite à me suivre pour un gros plan sur deux de ses œuvres majeures.

Cybèle et plus que centenaire

À l’occasion du centenaire de la disparition d’Auguste Rodin (1840-1917), le musée des beaux-arts de Bordeaux met en lumière une œuvre du sculpteur issue de ses collections : Cybèle (1904). Il s’agit d’un plâtre plus grand que nature représentant une femme assise, le tronc basculé en arrière, la jambe gauche légèrement surélevée, le bras droit replié vers l’épaule du même côté. La tête, le cou et l’avant-bras gauche sont absents.

Auguste Rodin, Cybèle

Auguste Rodin, Cybèle. Bordeaux, musée des beaux-arts. Photo personnelle

Le titre de l’œuvre, attesté depuis 1914, fait référence à la divinité du Proche-Orient, importée en Grèce et à Rome, incarnant la puissance sauvage de la nature. Or la femme assise de Rodin n’a rien de commun avec l’iconographie traditionnelle de la déesse. Généralement montée sur un char tiré par des lions ou assise sur un trône, sa tête est surmontée de tours symbolisant les villes placées sous sa protection.

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Léo Drouyn, artiste-archéologue en Gironde

Dessinateur, graveur, peintre, « archéologue » : l’œuvre de Léo Drouyn (1816-1896) est riche de plus de 3 000 dessins et près de 1 550 gravures, dont une large part est consacrée au patrimoine médiéval du sud-ouest de la France. Il contribua à la réhabilitation du Moyen Âge dans le sillage de Victor Hugo et du mouvement romantique : ses albums de dessins et ses croquis constituent un fonds indispensable à la connaissance des édifices religieux girondins avant les campagnes de restaurations de la seconde moitié du XIXe siècle. En tant que dessinateur pour la Commission des monuments historiques de la Gironde, il s’attacha notamment à l’étude de l’art roman, s’érigeant — parfois en vain — contre toute atteinte à l’intégrité de ces jalons de notre histoire.

Léo Drouyn, autoportrait à 46 ans

Léo Drouyn, autoportrait à quarante-six ans, 1862. Bordeaux, bibliothèque municipale

Itinéraire d’un enfant du romantisme

Léo Drouyn naquit dans la commune d’Izon, en Gironde, au bord de la Dordogne. Dans cette presqu’île à la pointe septentrionale de l’Entre-deux-Mers, l’enfance du jeune Léo s’écoula, heureuse et insouciante, au contact de la nature : « C’est là que j’ai vécu, sans souci du présent, sans préoccupation de l’avenir jusqu’à l’âge de onze ans, courant, nu-pieds et tête nue, à travers les champs, les vignes et les bois. » Ce pays de palus et de prairies aux portes des marais de Montferrand façonna son inclination pour les zones humides, lagunes des landes girondines et ruisseaux. De nombreux dessins de sa main en attestent : l’élément liquide est rarement absent de ses paysages, y compris dans les représentations à visée archéologique.

Léo Drouyn, Bordeaux : estey

Léo Drouyn, Bordeaux : estey. Bordeaux, bibliothèque municipale

Sa famille paternelle étant originaire de Lorraine, Léo fut admis au lycée de Nancy en 1827. Transplanté loin de sa terre natale, l’écolier fut accueilli pendant les congés de fin de semaine chez de lointains cousins ; il découvrit au sein de leur chaleureuse bibliothèque le monde fabuleux de l’estampe.

De retour dans la région bordelaise en 1835, baccalauréat en poche, le jeune homme fut placé par sa mère comme commis dans une maison de négoce en vins de Libourne. Le commerce lui étant « antipathique », il quitta rapidement cet emploi afin d’entrer en apprentissage à Bordeaux chez le peintre Jean-Paul Alaux. Professeur de dessin au lycée de Bordeaux pendant cinquante ans, Alaux ne parvint à bâtir qu’une carrière locale dans l’ombre de son frère Jean, lauréat du prestigieux prix de Rome.

Néanmoins, ce fut Alaux qui enseigna la lithographique à Drouyn et conforta son goût pour la peinture de paysage, dont le maître s’était fait une spécialité. L’apprenti put ainsi développer une sensibilité romantique, éloignée du Beau idéal inspiré de l’art antique, qui transparaît déjà dans un autoportrait réalisé à l’âge de vingt-trois ans. Houppe indomptée, sourcils froncés, regard fixant un point imaginaire : la même détermination éclate aux yeux du regardeur dans le portrait d’Eugène Delacroix par Félix Nadar.

Léo Drouyn, Autoportrait

Léo Drouyn, autoportrait à vingt-trois ans, 1839. Bordeaux, musée des beaux-arts

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Humeurs chroniques #1

Expositions, histoire des monuments incontournables de Bordeaux ou de son patrimoine méconnu : les sujets d’articles pour le Bordographe ne manquent pas. Mais il est des informations que je réserve à la page Facebook du blog ; soit qu’elles n’appellent pas d’explication supplémentaire, soit qu’elles aient un lien avec un article déjà publié.
Or tous les lecteurs du Bordographe ne disposent pas d’un compte sur le réseau social américain, aussi je souhaitais diversifier les publications du blog en vous proposant régulièrement des « humeurs chroniques » — à mi-chemin entre le billet d’humeur et la chronique des choses vues durant le mois écoulé.

Jeudi 5 janvier – Le gras de Gallica

À l’heure de la détox consécutive aux fêtes de fin d’année, les équipes de Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France, ont mis en lumière sur les réseaux sociaux une carte gastronomique de la France dressée par l’« ex-chef de cuisine », A. Bourguignon (1929).

Les usagers de la bibliothèque numérique, baptisés les Gallicanautes, sont alors partis en quête de leurs spécialités favorites, issues de leur région natale ou de leur terre d’adoption, qu’ils ont partagées à leur tour grâce au hashtag #MaCarteParLeMenu.

L’occasion de mettre au jour des mets tombés en désuétude, comme l’inattendue « bouillabaisse au vin blanc » figurant parmi les spécialités… bordelaises. Ou encore de déplorer l’absence d’un petit gâteau moelleux parfumé au rhum et à la vanille en forme de cylindre strié, dont la recette fut perfectionnée par les religieuses du couvent de l’Annonciade, à Bordeaux, à la fin du XVIIe siècle.

Mais au fil du dépouillement de la carte, il est apparu que son auteur ne s’était guère embarrassé d’un souci d’impartialité — ou de la volonté de rendre hommage à son patronyme.

On alla même jusqu’à jeter de l’huile sur la fumeuse rivalité bordelo-toulousaine !

C’est ainsi que la section bordelaise de la carte gastronomique vint remplacer en guise d’en-tête du blog une autre trouvaille des équipes de Gallica : la Carte générale de la France de Cassini.

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Jeanne de Lestonnac, sainte de Bordeaux

Jeanne de Lestonnac (1556-1640), nièce de Michel de Montaigne, fut une épouse dévouée, une mère attentionnée, ainsi qu’une veuve sensible à la misère humaine. Fondée sur ces seules vertus, l’existence de dame Jeanne aurait été positivement sans intérêt. Mais elle fut l’une des chevilles ouvrières de la Contre-Réforme à Bordeaux, grâce à la création d’une congrégation vouée à la diffusion de l’Évangile par l’éducation des jeunes filles.
Canonisée au XXe siècle, elle devint ainsi la première (et unique à ce jour) sainte originaire de Bordeaux. Retraçons ensemble le parcours de Jeanne de Lestonnac, dont la statue figure même sur l’une des façades de la Sagrada Familia à Barcelone !

Jeanne de Lestonnac à la Sagrada Familia

La statue de Jeanne de Lestonnac à la Sagrada Familia de Barcelone. Source : Wikipedia

Une enfant prise entre deux fois

Le destin de Jeanne de Lestonnac, née à Bordeaux en 1556, est indissociable des bouleversements intellectuels, artistiques, scientifiques et religieux qu’a connu l’Europe de la Renaissance. La création du collège de Guyenne, où Michel de Montaigne fut professeur, témoignait de la diffusion d’une authentique curiosité intellectuelle dans les centres urbains. Dans le sillage de Christophe Colomb, la découverte de peuples et de continents inconnus poussèrent les contrées du Vieux Monde à s’interroger sur « l’humaine condition ».

Et les prélats catholiques de se questionner sur la validité du dogme et le relâchement de leur discipline lors du concile de Trente convoqué par le pape Paul III pour endiguer la grogne des déçus de l’Église institutionnelle. En effet, le train de vie luxu(ri)eux du haut clergé et des papes de la Renaissance — alors que le bas clergé subsistait dans des conditions misérables —, ainsi que d’autres abus de toutes sortes, firent le lit de la plus grande « révolution religieuse » du christianisme, désignée sous le nom de Réforme protestante.

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Hercule au musée d’Aquitaine

« Vous voyez cette dissymétrie dans la représentation des fesses ? C’est ce qu’on appelle un chiasme. » Notre guide nous encourage à adopter un point de vue inédit sur la statue d’Hercule au musée d’Aquitaine : appuyées contre la cimaise la plus proche, qui nous empêche de faire face aux fesses, nous tendons le cou pour saisir toute la beauté du postérieur mythologique. Regards gourmands, sourires espiègles, gloussements timides.

Il faut dire que le thème de la visite, les fesses dans l’art, se prête davantage à ce genre de réactions qu’à une concentration solennelle. Qu’importe, c’est là tout le piquant de la chose. Mais au fur et à mesure que notre amitié se développait sur Facebook, j’ai appris qu’Hercule n’est pas qu’un joli derrière ! Bien que la statue ait été étudiée sous toutes les coutures, elle n’en reste pas moins insaisissable à bien des égards

Hercule de Bordeaux au musée d'Aquitaine

Hercule de Bordeaux au musée d’Aquitaine. Photo personnelle

Hercule sauvé des égouts

L’Hercule de Bordeaux fut découvert en 1832 dans un égout d’une maison à l’entrée de l’impasse Saint-Pierre, près de l’église et de l’enceinte gallo-romaine. La mise au jour de cette effigie en bronze grandeur nature, l’un des rares grands bronzes romains conservés en France, n’eut pourtant aucun retentissement dans la presse généraliste ou scientifique de l’époque. Pourquoi le conservateur du dépôt des Antiques de la ville de Bordeaux, François Vatar de Jouannet, ne rendit-il pas immédiatement publiques les circonstances de la trouvaille ?

Impasse Saint-Pierre à Bordeaux

Impasse Saint-Pierre à Bordeaux. Photo personnelle

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Curiosités végétales de Bordeaux : le Jardin public

Le phallus de titan a fleuri ! Et c’est l’une des curiosités végétales de Bordeaux. Au mois d’août dernier, l’Amorphophallus titanum — ou Arum titan — du jardin botanique de Bordeaux s’est épanoui pendant seulement 72 heures en exhalant une odeur nauséabonde censée attirer les coléoptères qui participent à sa pollinisation. Endémique de l’île de Sumatra, l’Arum titan présente l’inflorescence la plus grande du monde : elle peut atteindre près de 3 m de hauteur. Une fois la fleur fanée, il faut une dizaine d’années pour qu’une nouvelle se forme et éclose.

À l’occasion de la quatrième floraison d’un Arum titan en France, je vous propose de vous présenter quelques végétaux insolites de Bordeaux. Commençons par ceux du Jardin public, classé jardin remarquable de France.

Amorphophallus titanum de Sumatra

Touriste européenne et Amorphophallus titanum de Sumatra. Source : Nationaal Museum van Wereldculturen

Le jardin des délices

En réunissant le faubourg des Chartrons et celui de Saint-Seurin, le Jardin public de Bordeaux constituait l’une des pièces maîtresses du programme urbain conduit par l’intendant Tourny au XVIIIe siècle. Il fut aménagé entre 1746 et 1756 afin d’offrir à l’aristocratie et à la riche bourgeoisie bordelaise un lieu propice aux rencontres d’affaires et à la promenade au bon air. L’intendant ne cachait pas son ambition : faire de ce terrain de 12 ha le long des glacis du château Trompette, occupé par de médiocres cultures, « le plus beau jardin qu’il y ait en aucune ville du royaume » après les Tuileries.

Le dessin en est donné par le premier architecte du roi Ange-Jacques Gabriel selon les principes du jardin à la française : une composition symétrique structurée par de grandes allées formant des perspectives grandioses que l’on ne trouve nulle part dans la nature. En l’occurrence deux allées principales, se recoupant à la perpendiculaire en leur centre, délimitaient quatre parterres de broderie de buis, de lauriers, de thym et de fleurs variées selon la saison, disposés autour d’un bassin circulaire avec jet d’eau. Des allées plantées de tilleuls et d’ormeaux taillés encadraient des salles de verdure agrémentées de boulingrins.

Plan du Jardin public au XVIIIe siècle

Plan du Jardin public au XVIIIe siècle. Source : bibliothèque municipale de Bordeaux

Au sud, Gabriel aménagea une terrasse à portiques ; au nord, Tourny prolongea le jardin par un manège d’équitation puis par un jeu de paume quelques années plus tard — tous deux aujourd’hui disparus. Comparable à un salon mondain en plein air, le Jardin public (alors baptisé Jardin Royal) accueillit également des expériences scientifiques parfois rocambolesques : il fut ainsi choisi pour le lancement des premiers aérostats bordelais.

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Les aventuriers des hauteurs

Dans un précédent article, nous avions redécouvert la vogue des bains publics à Bordeaux au XIXe siècle. Aujourd’hui je vous propose d’aborder un autre aspect insolite de l’histoire de la ville : les débuts de l’aéronautique à Bordeaux, des premières montgolfières expérimentées avec plus ou moins de succès, jusqu’à l’exploit accompli par l’aviatrice française Maryse Bastié sous le pont transbordeur (aujourd’hui disparu). Décollage imminent : attachez votre ceinture et relevez votre tablette !

Premières montgolfières à Bordeaux

Le 5 juin 1783, Étienne et Joseph Montgolfier, papetiers à Annonay (Ardèche), utilisent la force ascensionnelle de l’air chaud pour élever dans l’atmosphère un ballon de toile et de papier mesurant 11 m de diamètre. Le 21 novembre de la même année, Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes effectuent le premier vol humain à bord d’une montgolfière équipée d’une galerie. Les montgolfières sont rapidement supplantées par les charlières, ballons à gaz inventés par le physicien Charles. Le premier « globe aérostatique » à hydrogène décolle du jardin des Tuileries le 1er décembre 1783, ledit physicien à son bord.

Ces découvertes connaissent un immense succès en raison d’un vif engouement pour les sciences chez les amateurs de la bonne société du XVIIIe siècle. Le ballon est à la fois symbole du progrès scientifique et de la rencontre entre les élites éclairées et le peuple. Immortalisées par la peinture ou l’estampe, les démonstrations se multiplient sur les boulevards et les promenades publiques — jusqu’aux salons aristocratiques. Les braves aéronautes se voient même distingués par le pouvoir royal : les frères Montgolfier sont anoblis et leurs travaux salués par l’Académie des sciences.

En quelques mois, l’aérostation devient une mode en Europe, d’abord en Italie. Le 25 février 1784, la montgolfière réalisée pour l’aristocrate milanais Paolo Andreani atteint 350 m de hauteur avant de retomber dans un arbre — sans dommages pour ses trois passagers. Cependant, les provinces du royaume de France ne sont pas en reste, comme en témoignent les exploits de valeureux aéronautes bordelais.

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Odilon Redon, prince du fantastique

Après le Petit Palais à Paris, le musée des beaux-arts de Bordeaux accueille l’exposition Fantastique ! L’estampe visionnaire de Goya à Redon avec plus de 160 estampes issues des collections de la Bibliothèque nationale de France. Pour le centenaire de la mort de l’artiste bordelais Odilon Redon, présent dans l’exposition, je vous propose de revenir plus particulièrement sur son approche du genre fantastique, qu’il a développée dans l’atelier de son maître Rodolphe Bresdin.

Avertissement : les mots suivis d’un astérisque figurent dans le glossaire à la fin du dossier de presse de l’exposition.

Le fantastique, « fil noir » du XIXe siècle

La veine fantastique traverse tout le XIXe siècle dans le sillage des Caprices de Francisco de Goya publiés en 1799. Dans cette suite d’eaux-fortes*, l’artiste espagnol, mort à Bordeaux en 1828, dénonce les travers de son temps par le biais du songe et de l’absurde. L’estampe* et ses nombreuses techniques (gravure en taille douce*, gravure sur bois*, lithographie*…) sont le mode d’expression privilégié d’un véritable « romantisme noir », concept forgé par le critique littéraire italien Mario Praz. Par le décalage avec la réalité — mais non l’abolition de cette dernière — qu’il propose, le noir et blanc est pour les artistes autant un refuge qu’un miroir des inquiétudes de l’époque. De plus, l’estampe, en raison de sa qualité même de multiple, favorise la circulation des motifs entre artistes, parfois repris sur le mode caricatural ou grotesque. Une transmission assurée sur trois générations, d’Eugène Delacroix à Odilon Redon.

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Le mystère Herman van der Hem

Le jeune hollandais Herman van der Hem (1619-1649) passa onze années de sa courte vie à Bordeaux et dans le Bordelais. Dessinateur habile, on lui doit la seule source iconographique complète sur la capitale de la Guyenne au XVIIe siècle. Une documentation d’autant plus précieuse qu’elle représente notamment des édifices majeurs aujourd’hui disparus, comme le château Trompette. Mais la rareté des renseignements biographiques sur l’auteur de ces dessins — qui n’est connu par aucun (auto)portrait — ont incité l’historienne Emmanuelle Démont et l’historien de l’art Marc Favreau à tenter de lever un coin du voile…

Où est Herman ?

Depuis la publication en 1904 d’une quarantaine de ses dessins dans les Archives historiques de la Gironde, Herman van der Hem reste une personnalité énigmatique, nimbée de zones d’ombre. Outre l’absence presque totale de documents d’archives le concernant, les dessins identifiés à ce jour sont conservés hors de Bordeaux : à la Bibliothèque nationale d’Autriche, la Bibliothèque nationale de France et au musée royal de Copenhague. L’intérêt relativement récent pour le Grand Siècle bordelais explique aussi que le catalogue raisonné des dessins de Van der Hem (1) n’ait été publié qu’en 2006.

Les deux chercheurs ont étudié 139 dessins ou croquis de Bordeaux et sa région ; quelques-uns portent une légende permettant d’esquisser une chronologie entre le 5 février 1638 (premier dessin) et le 2 juin 1649 (décès de Van der Hem). La majorité des œuvres du Hollandais se trouvent à la Bibliothèque nationale d’Autriche ; elles font partie d’un ensemble exceptionnel connu sous le nom d’Atlas Blaeu. Il s’agit d’une compilation de vues et de cartes géographiques voulue à l’origine par Joan Blaeu, cartographe de la Compagnie des Indes orientales. Puis Laurens van der Hem, frère cadet d’Herman, continua à étoffer la collection dans les années 1640-1650 en acquérant des documents aux enchères ou en sollicitant des artistes dont il finançait les voyages à travers le monde.

Carte de la préfecture de Pernambuco

Atlas Blaeu, carte de la préfecture de Pernambuco (Brésil). Source : Bibliothèque nationale d’Autriche

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L’art victime de la Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une partie des collections des musées, archives, bibliothèques, trésors d’églises et musées de l’Est de la France ont été transférées en Aquitaine pour les protéger d’éventuels pillages ou destructions. Hélas, de telles mesures ont rarement bénéficié aux collections particulières. La confiscation des biens culturels appartenant à des amateurs juifs, francs-maçons, communistes ou opposants au régime a été méthodiquement organisée par les nazis. Si la majorité des spoliations ont eu lieu à Paris, d’autres se sont déroulées à Bordeaux, notamment dans le port.

Après un important travail de recherche, des dizaines de milliers d’œuvres saisies ont été restituées à leurs propriétaires légitimes ou à leurs ayants droit dès l’après-guerre. Mais près de 2 000 restent en dépôt dans les musées nationaux, car toujours non réclamées. À l’approche du 76e anniversaire de l’armistice de 1940, revenons sur le sort des collections artistiques à Bordeaux et en Aquitaine sous l’Occupation.

Chambre saccagée par les Waffen SS à leur départ

Chambre saccagée par les Waffen SS à leur départ. Source : archives de Bordeaux métropole

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