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Jeanne de Lestonnac, sainte de Bordeaux

Jeanne de Lestonnac (1556-1640), nièce de Michel de Montaigne, fut une épouse dévouée, une mère attentionnée, ainsi qu’une veuve sensible à la misère humaine. Fondée sur ces seules vertus, l’existence de dame Jeanne aurait été positivement sans intérêt. Mais elle fut l’une des chevilles ouvrières de la Contre-Réforme à Bordeaux, grâce à la création d’une congrégation vouée à la diffusion de l’Évangile par l’éducation des jeunes filles.
Canonisée au XXe siècle, elle devint ainsi la première (et unique à ce jour) sainte originaire de Bordeaux. Retraçons ensemble le parcours de Jeanne de Lestonnac, dont la statue figure même sur l’une des façades de la Sagrada Familia à Barcelone !

Jeanne de Lestonnac à la Sagrada Familia

La statue de Jeanne de Lestonnac à la Sagrada Familia de Barcelone. Source : Wikipedia

Une enfant prise entre deux fois

Le destin de Jeanne de Lestonnac, née à Bordeaux en 1556, est indissociable des bouleversements intellectuels, artistiques, scientifiques et religieux qu’a connu l’Europe de la Renaissance. La création du collège de Guyenne, où Michel de Montaigne fut professeur, témoignait de la diffusion d’une authentique curiosité intellectuelle dans les centres urbains. Dans le sillage de Christophe Colomb, la découverte de peuples et de continents inconnus poussèrent les contrées du Vieux Monde à s’interroger sur « l’humaine condition ».

Et les prélats catholiques de se questionner sur la validité du dogme et le relâchement de leur discipline lors du concile de Trente convoqué par le pape Paul III pour endiguer la grogne des déçus de l’Église institutionnelle. En effet, le train de vie luxu(ri)eux du haut clergé et des papes de la Renaissance — alors que le bas clergé subsistait dans des conditions misérables —, ainsi que d’autres abus de toutes sortes, firent le lit de la plus grande « révolution religieuse » du christianisme, désignée sous le nom de Réforme protestante.

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Hercule au musée d’Aquitaine

« Vous voyez cette dissymétrie dans la représentation des fesses ? C’est ce qu’on appelle un chiasme. » Notre guide nous encourage à adopter un point de vue inédit sur la statue d’Hercule au musée d’Aquitaine : appuyées contre la cimaise la plus proche, qui nous empêche de faire face aux fesses, nous tendons le cou pour saisir toute la beauté du postérieur mythologique. Regards gourmands, sourires espiègles, gloussements timides.

Il faut dire que le thème de la visite, les fesses dans l’art, se prête davantage à ce genre de réactions qu’à une concentration solennelle. Qu’importe, c’est là tout le piquant de la chose. Mais au fur et à mesure que notre amitié se développait sur Facebook, j’ai appris qu’Hercule n’est pas qu’un joli derrière ! Bien que la statue ait été étudiée sous toutes les coutures, elle n’en reste pas moins insaisissable à bien des égards

Hercule de Bordeaux au musée d'Aquitaine

Hercule de Bordeaux au musée d’Aquitaine. Photo personnelle

Hercule sauvé des égouts

L’Hercule de Bordeaux fut découvert en 1832 dans un égout d’une maison à l’entrée de l’impasse Saint-Pierre, près de l’église et de l’enceinte gallo-romaine. La mise au jour de cette effigie en bronze grandeur nature, l’un des rares grands bronzes romains conservés en France, n’eut pourtant aucun retentissement dans la presse généraliste ou scientifique de l’époque. Pourquoi le conservateur du dépôt des Antiques de la ville de Bordeaux, François Vatar de Jouannet, ne rendit-il pas immédiatement publiques les circonstances de la trouvaille ?

Impasse Saint-Pierre à Bordeaux

Impasse Saint-Pierre à Bordeaux. Photo personnelle

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Curiosités végétales de Bordeaux : le Jardin public

Le phallus de titan a fleuri ! Et c’est l’une des curiosités végétales de Bordeaux. Au mois d’août dernier, l’Amorphophallus titanum — ou Arum titan — du jardin botanique de Bordeaux s’est épanoui pendant seulement 72 heures en exhalant une odeur nauséabonde censée attirer les coléoptères qui participent à sa pollinisation. Endémique de l’île de Sumatra, l’Arum titan présente l’inflorescence la plus grande du monde : elle peut atteindre près de 3 m de hauteur. Une fois la fleur fanée, il faut une dizaine d’années pour qu’une nouvelle se forme et éclose.

À l’occasion de la quatrième floraison d’un Arum titan en France, je vous propose de vous présenter quelques végétaux insolites de Bordeaux. Commençons par ceux du Jardin public, classé jardin remarquable de France.

Amorphophallus titanum de Sumatra

Touriste européenne et Amorphophallus titanum de Sumatra. Source : Nationaal Museum van Wereldculturen

Le jardin des délices

En réunissant le faubourg des Chartrons et celui de Saint-Seurin, le Jardin public de Bordeaux constituait l’une des pièces maîtresses du programme urbain conduit par l’intendant Tourny au XVIIIe siècle. Il fut aménagé entre 1746 et 1756 afin d’offrir à l’aristocratie et à la riche bourgeoisie bordelaise un lieu propice aux rencontres d’affaires et à la promenade au bon air. L’intendant ne cachait pas son ambition : faire de ce terrain de 12 ha le long des glacis du château Trompette, occupé par de médiocres cultures, « le plus beau jardin qu’il y ait en aucune ville du royaume » après les Tuileries.

Le dessin en est donné par le premier architecte du roi Ange-Jacques Gabriel selon les principes du jardin à la française : une composition symétrique structurée par de grandes allées formant des perspectives grandioses que l’on ne trouve nulle part dans la nature. En l’occurrence deux allées principales, se recoupant à la perpendiculaire en leur centre, délimitaient quatre parterres de broderie de buis, de lauriers, de thym et de fleurs variées selon la saison, disposés autour d’un bassin circulaire avec jet d’eau. Des allées plantées de tilleuls et d’ormeaux taillés encadraient des salles de verdure agrémentées de boulingrins.

Plan du Jardin public au XVIIIe siècle

Plan du Jardin public au XVIIIe siècle. Source : bibliothèque municipale de Bordeaux

Au sud, Gabriel aménagea une terrasse à portiques ; au nord, Tourny prolongea le jardin par un manège d’équitation puis par un jeu de paume quelques années plus tard — tous deux aujourd’hui disparus. Comparable à un salon mondain en plein air, le Jardin public (alors baptisé Jardin Royal) accueillit également des expériences scientifiques parfois rocambolesques : il fut ainsi choisi pour le lancement des premiers aérostats bordelais.

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